Le Bateau échoué (titre provisoire)

Un bâtiment coincé entre l’autoroute et la voie ferrée, comme une île…
Des lumières allumées à ces fenêtres, sans volets…
quand la nuit tombe tout s’éclaire : aux fenêtres, des sachets entassés, des affaires entassées…
Si les murs pouvaient parler, ils nous raconteraient tout ce qui s’y cache.


Cette création s’inscrit dans les actions de quartier menées à Metz Nord-Patrotte par Les Haut-parleuses, crieuses publiques.
Elle a reçu le soutien de la Fondation Batigère, du Département de la Moselle et de la Drac Grand Est.


“Le Bateau” est né de rencontres. 

Rencontre avec un équipage, celui des personnes travaillant dans le foyer d’accueil de familles migrantes Amli Périgot.
Rencontre avec les passager.ère.s qui sont en attente de régularisation de papier et qui vivent provisoirement dans cet établissement ; elles. ils viennent de Syrie, du Yémen, du Tchad, d’Albanie,…

En février 2021, trois comédiennes, Estelle Brochard, Valérie Loescher et Céline Sant posent leur pied sur le pont de cet étrange bâtiment posé là, entre le quartier de Devant-Les-Ponts et celui de la Patrotte, entre une voie ferrée et une autoroute. 
De jour, une façade opaque, faite d’alignements de fenêtres fermées sur 3 étages, en apparence rien ne bouge.
De nuit, les lumières qui s’allument aux fenêtres réveillent le bâtiment et nous révèlent ce qui s’y passe : des sacs empilés collés aux vitres, des tissus font office de rideaux parfois, des gens, beaucoup de gens qui passent, bougent, vivent là.
Des gens qui, comme tous les habitants et toutes les habitantes de ce quartier, ont des choses à dire. En français, ou pas, en mots ou en musique, par leur voix ou par leur regard.


Rendez-vous en cuisine

Après avoir présenté notre projet de récoltes de paroles à l’équipe qui gère l’endroit, nous sommes allées à la rencontre des occupant.e.s.
Dans ces dédales d’anciens bureaux de la Direction Départementale de l’Équipement (DDE), les cuisines communes ont été installées sur les paliers, entre 2 volets de bureaux reconvertis en chambres. 
C’est là que nous y installons des chaises en cercle, vient qui veut, s’asseoir, se présenter, faire connaissance avec nous.
Les premiers mots sont échangés, les premiers témoignages se dévoilent à grand renfort de travail de traduction, par les enfants souvent et aussi via une application sur leurs téléphones.
Ensuite, il y a aura cette journée que nous passons en cuisine toujours, à préparer des crêpes, à inviter les gens à les partager, à gagner leur confiance, à réexpliquer que nous sommes ici car leurs parcours de vie, leurs histoires doivent être entendu.e.s par les gens “du dehors”. 

« Vous, vous venez chez moi… »

Les premières invitations arrivent. Des femmes veulent nous raconter “quelque chose”. Rendez-vous est pris pour aller les voir en petit comité, dans ces chambres qui leur servent d’habitation provisoire.
Devant un thé, la parole se libère : pourquoi elles sont là, comment vont-elles, comment vont leurs enfants, quels sont leurs espoirs…

« Nous aussi on en a à raconter ! »

Les professionnel.le.s qui travaillent sur le bateau ont aussi des choses à nous dire. 
De quelques mois à 40 ans de métier, on nous explique ce qui les a poussé.e.s à travailler ici, de quoi leur quotidien est fait au milieu de ces centaines de personnes rencontrées et accompagnées chaque année.

Retranscrire, relire, restituer

Après des heures de récoltes est venu le temps de la retranscription de tous ces contenus. Ensuite les nombreuses relectures ont permis de dessiner ce qui allait devenir un “spectacle”, ou plutôt une restitution théâtralisée de ces récits. Devant nous, nous aurons des personnes qui ne comprennent pas bien le français, alors nous choisissons d’ajouter des photos, des accessoires aux témoignages parlés. Tout faire pour que ces gens puissent comprendre que leurs vies sont au cœur de notre création et leur donner toute la valeur que cela a pour nous.
Juin 2021, la première représentation a lieu au sein du foyer, devant les familles. 

Porter à voir et à entendre

Il était important ensuite de rendre ces récits (anonymes) publics, de les porter aux yeux, aux oreilles, aux tripes de toutes et tous.
Nous faisons alors appel au regard extérieur de Françoise Markun afin d’avoir un retour neutre sur la forme de restitution que nous avions choisie. Retravail, réécriture, remise en scène…
La première forme publique est sortie en février 2022.

Et maintenant ?

Faire en sorte que ces histoires soient connues, circulent, voyagent. Ces parcours de vie bousculés sont à connaître, pour qu’ils ouvrent les esprits, provoquent les discussions, imaginent les solutions qui pourraient être apportées pour aider, soutenir, accompagner, accueillir.