Tenir jusqu’à l’aube

Lecture musicale
de La Chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet

Illustration : Camille Garoche

« Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. » PERICLES

>> Voix, synthétiseurs, pédales
>> Forme tout public à partir de 11 ans
>> 35 minutes
>> par Anna Briand & Delphine Berthod
>> Son : Théo Strauss
>> Technique légère (sans scénographie ni création lumière), adaptable à différents lieux

>> DOSSIER DE PRÉSENTATION – INTERVENTION EN COLLEGES <<


L’histoire

Monsieur Seguin élevait des chèvres avec beaucoup d’amour. Pourtant, celles-ci finissaient toujours par s’échapper pour gambader en montagne, goûter l’herbe des pâturages et finalement mourir dévorées par le loup.

Persévérant malgré tout, Monsieur Seguin décida d’acquérir encore une chèvre. Mais cette fois, il la choisit toute jeune, afin qu’elle s’habitue bien à lui, espérant qu’ainsi elle resterait près de lui. Il l’appela Blanquette et l’entoura de tous les soins possibles.

Malgré cela, elle se mit à rêver des larges espaces des montagnes, des fleurs sauvages au goût sucré de liberté. Monsieur Seguin avait beau redoubler de soin, essayer de la convaincre, l’enfermer dans l’étable, rien ne pouvait retenir Blanquette. Elle s’échappa et profita toute une journée des hauts pâturages.

A la nuit tombée, les hurlements du loup lui rappelèrent les avertissements de Monsieur Seguin.
A la nuit tombée, la trompe de Monsieur Seguin lui rappela aussi qu’elle ne pourrait plus vivre enfermée dans un enclos, attachée à un pieu.

Décidée à défendre chèrement sa vie et l’honneur de sa lignée, Blanquette lutta toute la nuit contre le loup. Au lever du soleil, fière et épuisée, elle s’écroula.

Photo : pexels / Ozge Karabal


Propos

Comment une œuvre, publiée pour la 1e fois il y a plus de 150 ans, résonne aujourd’hui ? Comment elle apporte de l’eau à notre moulin pour penser notre société ?

La lecture que nous proposons, donne un éclairage nouveau sur ce texte : elle fait résonner les rapports de domination homme-femme, le poids de l’héritage et de la tradition, la violence, le patriarcat, le consentement.

Seguin, sous son apparente gentillesse, est un homme qui n’écoute pas ce que ses chèvres lui disent. Il s’obstine à imposer son point de vue. Il prend une jeune chèvre pour qu’elle soit plus docile. C’est un homme qui sait mieux qu’elle ce qui est bon pour elle ; un homme qui, à court d’arguments, n’hésite pas à l’enfermer « pour son bien ».

Blanquette aurait aussi bien pu être humaine – après tout, Alphonse Daudet fait le parallèle entre son ami Gringoire et cet animal. Ses principales qualités sont la beauté, la docilité et la productivité. On la croit naïve, elle sait pourtant bien ce qui est arrivé à ses sœurs, et c’est délibérément qu’elle part… et ne revient pas.

Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu’il valait mieux rester


Forme

La forme concert, par l’énergie directe qu’elle permet, amène les auditeurs et auditrices à ressentir le poids des non-dits,. Elle permet de prendre conscience de manière immédiate des émotions intérieures ressenties par Blanquette et de la violence – parfois physique, parfois symbolique – de la situation.

Cette forme a été créée dans le cadre d’une recherche plus vaste sur ce texte :
– « Mademoiselle Seguin » spectacle théâtre, musique et bricolages visuels, création 2027 ;
– « Et si ? » rencontres et ateliers avec les enfants et adolescent·es, pour réfléchir aux questions posées par l’histoire d’Alphonse Daudet et les transposer dans notre présent pour penser notre existence.